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Portrait d’étudiant : Nisan Uygun, ses découvertes artistiques

Originaire d’Istanbul, Nisan Uygun a su faire de ses différences une force en intégrant le système scolaire français. 

Quelle est ta formation avant d’arriver à Prép’art ?

Je viens d’Istanbul. J’ai fait un Erasmus mais j’avais des difficultés en français donc j’ai poursuivi avec un cours de français à Paris III. 

Comment as-tu décidé de suivre les enseignements à Prép’art ?

Pendant mon Erasmus j’ai demandé aux étudiants français qui m’ont donné des noms de prépa dont trois ressortaient souvent comme Prép’art, Atelier de Sèvres et Prépa Seine. J’ai beaucoup aimé l’école de Prépa Seine mais ça m’a paru trop traditionnel. A Sèvres, ils m’ont demandé une attestation de langue que je n’avais pas encore passée. Dans la liste des résultats nominatifs de Prép’art j’ai vu un nom turc alors je l’ai contacté et il m’a recommandé l’école.    

Avant d’entrer à Prép’art avais-tu déjà une idée de ce que tu voulais faire ?

Non. J’ai commencé en animation, je suis partie vers l’espace mais en fait je ne sais toujours pas ! L’animation c’est trop technique. J’aime bien le côté créatif du design d’espace. De toute façon j’ai surtout compris que ce n’était pas un problème car en France ils aiment bien que l’on touche à tout. 

Que t’as apporté ton passage à Prép’art ?

J’ai eu du mal au début car je ne connais pas le système scolaire français. En Turquie, on a une approche très académique du dessin, c’est très différent. J’ai mis du temps à comprendre que ces différences seraient ma force. J’ai beaucoup aimé cette année, c’est très dur mais j’ai toujours voulu toucher à tout et cette année j’ai enfin pu. J’étais perdue quand tous les profs parlaient de carnet de recherche, je ne savais pas ce que c’était et quand j’ai compris ça m’a paru logique, la façon de chercher, de faire la chose est plus importante que la chose elle-même. 

Sur quoi porte ton dossier ?

Je n’y ai pas pensé au début mais en regardant un ensemble de travaux j’ai compris qu’il y avait un lien. C’est sur la recherche d’intimité. J’aime beaucoup les travaux de Gail Albert Halaban, elle photographie les gens chez eux depuis les toits de Paris. C’est un peu comme Edward Hopper mais en photographe. Pendant la semaine bloquée (Semaine pendant laquelle il faut réaliser des productions dans tous les ateliers sur un même thème, cette année « construction de situations », ndlr) j’ai réalisé une boîte sur laquelle j’ai dessinée des scènes de vie du quotidien qui sont différentes quand on tourne la boîte. Quand j’ai montré mon projet, on m’a dit de le pousser encore plus loin. J’ai eu l’idée de développer une maquette de fantasme de voyeurisme où on voit ce qu’il se passe chez les autres. J’ai aussi travaillé sur des notions de tensions et d’oppression. 

Quelle a été ta méthode de travail ? 

Je travaille mieux avec des formes. Avec le dessin ça ne vient pas tout de suite. J’ai besoin de voir les choses en volume. Je crois que le carton plume est ma méthode ! Je travaille aussi mieux chez moi et après minuit [rires]

Comment décrirais-tu l’ambiance à Prép’art ?

Très familiale. J’étais timide mais mes camarades ont été très accueillants, se sont intéressés à moi et à mes origines. On ne sent pas de compétition. 

Comment qualifierais-tu le rapport avec les enseignants ?

Très bien, ils sont très à l’écoute. 

Est-ce que tu as un souvenir en particulier qui a marqué ton année ?

Emmanuelle (Carré, responsable de la vie scolaire, ndlr) qui me criait dessus le matin parce que j’étais toujours en retard vu que je travaille mieux la nuit ! Je crois que ce qui m’a marqué est le design culinaire (Workshop avec Luz Moreno, ndlr) parce que j’ai choisi celui-ci alors que je déteste toucher la nourriture !  Luz, qui elle aussi est étrangère, a vu que j’étais stressée, elle m’a beaucoup rassuré et aidé. 

Quels seraient tes conseils pour les futurs étudiants qui souhaitent intégrer Prép’art ?

Si je le donnais à des étudiants étrangers je leur dirais de ne pas trop penser aux différences, ne pas se comparer avec les autres. Il faut faire de nos différences un avantage. Je dirais à tous d’aller voir au moins une exposition par semaine. J’ai pu en faire parfois quatre ! Au concours de l’ENSAD il y avait un sujet sur Ana Mendieta et j’avais vu une exposition sur elle juste avant. L’autre sujet était sur l’enfer et il y avait une exposition cet été sur ce thème. Il faut vraiment se cultiver et  trouver une source d’inspiration dans ces sorties culturelles. 

Comment as-tu vécu cette période des concours ?

Stressée !! Mon premier concours était à Marseille, je déteste cette ville donc je me suis dit autant m’entraîner dans une école où je n’irais pas de toutes façons ! Mais j’ai été acceptée et ça m’a finalement encore plus stressée parce que je me suis dit si je n’ai rien d’autre je vais devoir aller là-bas. 

Comment t’es-tu renseignée sur les écoles supérieures ?

J’ai regardé les sites Internet des écoles et les sections proposées. J’en ai discuté avec les profs. Plein de concours étaient en même temps donc j’ai demandé leur aide pour faire mes choix. J’ai choisi des écoles ouvertes car mes choix n’étaient pas encore assez définis.

Quelles écoles as-tu passées et quelle école as-tu choisie ?

J’ai eu Marseille, Rennes, Toulouse, Mulhouse et je suis en liste d’attente de l’ENSAD. J’ai choisi Rennes. 

Quels sont tes futurs désirs et projets ?

Si ça avait été possible j’aurais refait une année de prépa, le stress en moins ! J’aimerai découvrir la céramique. J’ai aussi un projet de développer des jeux de cartes autour du souvenir. Comprendre comment le souvenir vient à nous. Je me rappelle de la fois où à sept ans mon père s’est trompé d’horaire et n’est pas venu me chercher à l’école. Ce souvenir me revient souvent en tête mais on ne sait pas toujours pourquoi ça arrive. J’aimerai le comprendre, créer un jeu, un cheminement de la pensée.